Monday, 11 December 2017

Domophores

Escargots d'eau douce et petits-gris des jardins ne lambinent pas dans la même classe. Echaudés à mort, il y a comme une espèce de une ségrégation culturelle, puisque le goût épicé des planteurs de riz en Indochine n'est pas au goût raffiné des palais de Bourgogne. De leur froid vivant, leur différence de classe n'est qu'une question de point de vue: les escargots aquatiques sont basommatophores alors que les escargots terrestres sont stylommatophores, scientifiquement parlant. Certes.

Pour savourer ces fins mots, il faut les décortiquer, les sortir de leur coquille scientifique. Et l'étymologie est telle un coup de fourchette. Plantée au milieu, on pique magistralement un 'ommato', celui de l'ommatophobie, la peur d'être regardé, à l'opposé de ce qui se pintéreste à coup de selfies. Du grec ancien, 'ommato' c'est donc l'oeil, le regard. Après coup, on se dit que l'étymologie est un coup de fourchette magistral pour manger à l'oeil. Poursuivons la décortication des mots en portant le regard sur l'amphore qui accompagne ces fins mets. L'amphore se porte avec aisance avec ses anses (une de chaque côté, 'amphi'). 'ommatophore', c'est donc 'qui porte l'oeil'.

Nous y voilà. Avec une prominence illustrée en trompe-l'oeil dans les livres pour petits blonds, le petit-gris porte ses yeux au bout des tentacules (au bout des 'antennes'). Ces antennes ont forme de stylets, l'escargot terrestre est donc stylommatophore. Pas du tout comme l'escargot aquatique des rizières d'Indochine: celui-là porte ses yeux à la base des tentacules: il est basommatophore. Ca se voit bien sur la photo (pff, encore du grec, 'phos', la lumière), avec les antennes effectivement entre les yeux. Peut-être voit-il moins haut, mais bon, dans l'eau...on soupçonne encore un truc à la Darwin.

Et les caricoles de Bruxelles (escargots de mer)?  Stylommatophores ou basommatophores? Faut avoir l'oeil: que du tout cuit sur Google images, pas du tout cuit pour repérer l'oeil. En rhétorique, cette répétition de l'oeil et du 'tout cuit' s'appelle une diaphore, car la répétition porte ('phore') un sens différent ('dia'). Synonyme rhétorique: une antanaclase. Euh...pauvre nous qui n'y avions vu que jeu de mots! Mais répondons quant au point de vue de l'escargot: le caricole de Bruxelles (le bulot, en Normandie) est évidemment basommatophore, pas besoin de voir haut en mer non plus.

La liste des mots en 'phore' vous téléporte dans une féérie surréaliste de vocabulaire (ceci n'est pas une métaphore). Plus de 150 mots en phore sur wiktionnaire - a-t-il fallu deux ans pour les rapporter avec aisance? Pourriez-vous en citer cinq, autres que ceux déjà mentionnés? Y avait un indice ci-dessus, le phosphore: qui 'porte la lumière'. Ou qui porte le feu, lorsque le phosphore sert de pyrophore militaire, arme déconventionnée mais utilisée cette année à Raqqa contre les pogonophores islamiques ('pogon': la barbe), les raseurs de Palmyre.

Porter est un métier incongru: dendrophore (porteur d'arbres), criophore (porteur de bélier) - en les combinant, de quoi enfoncer des portes closes au moyen-âge. Quant à enfoncer des portes ouvertes, un porte-plume suffit. Comme pour conclure du titre de cet article, qu'un petit-gris n'est jamais déporté car toujours réfugié chez lui. Doigt dans l'oeil en titre: le mot 'domophore' est inexistant. Ouf, l'escargot en latin pour sécher nos larmes: 'domiporta'.

Sources: bacdefrançais.net, wikipedia.org, wiktionnnary.org

Sunday, 3 December 2017

Soixante-Dix

Soixante-neuf réunit Jane et Brigitte dans un rythme essouflé. Brigitte en souffoque encore. Remontons le niveau d'un cran, et battons la mesure en réfléchissant au point commun entre le mile et le mille mètres. Pas un point mais une ligne commune, ligne dans le sens mathématique de continuité infinie de points distincts. Saviez vous que mesurée le long d'un méridien, la ligne commune, la circonférence de la terre était de 40 000 Km? Ben oui. Mais non: 40 000 Km, très exactement? Ces exquis mots sont en froid avec Google qui précise: 40 008 KM par les pôles, à ras de glace (en passant sous phoques de Brigitte). Et on dit qu'internet rapproche les gens...

Au siècle des Lumières, lassé de mesurer les pieds et l'envergure (la toise) d'un Roi déjà plus chevalier, on voulut changer d'étalon. Dans les années folles de la révolution, l'Académie des sciences de Paris définit le kilomètre, mille étalons neufs, en divisant le méridien en 4 x100, puis encore une fois en 100 pour faire bonne mesure. Donc, par conception de l'étalon, la circonférence de la terre était 4 fois la distance entre l'équateur et le pôle, soit 4 fois 100 x 100 kilomètres, ce qui donne 40 000 Km exactement comme  tour de terre.  Rien à redire, on dirait que Google a misé sur le mauvais cheval.

Diviser un cercle en 400! Depuis Babylone et son système sexagésimal, tout le monde avait toujours divisé un cercle en 360 degrés! Mais soit, une révolution vaut bien quelques grades de plus (par rapport aux degrés, y en a plus, mais y sont plus petits). Reconnaissons aux académiciens, adeptes des 100 grades entre l'équateur et le pôle, que le système décimal existait bien avant Babylone, depuis que le monde est monde et que les hommes (et les femmes, orthographe inclusive oblige) ont deux mains - zut, quatre mains ça fait un système vicésimal - et on se demandera d'où vient le vice.

Mais l'héritage de Babylone résiste aux académiciens. La révolution ne remplaca pas les sextants sexagésimaux de tous les marins du monde, qui scrutent les étoiles avec ces étranges appareils étalonnés, eux, en minutes de degrés de méridien. Comme dans l'heure, il y a 60 minutes dans le degré. Le sextant étant suffisamment compliqué comme cela, le marin se facilitait la mesure en mer avec la simple définition: "1 mile marin = 1 minute de méridien". Avec 360 degrés dans un méridien, le compte y est: la terre a une circonférence de 60 x 360 miles marins.

[Allergiques, passez ce paragraphe]. Pour ajouter à la confusion espace-temps, on  notera qu'il faut 360 x 60 minutes pour un tour de terre, et donc une vitesse de croisière de 15 miles la minute pour le faire en 24 heures (comprendre demande deux minutes). Vérifions aussi l'équité de ces étalons: 1 méridien = 1 Km x 100 x 400 = 1 mile x 60 x 360.  Résolution: 1 mile marin =  1.852 Km (définition actuelle, bingo).

Simplifions. Point commun entre le mile marin et le mille mètres: le méridien. Différence fondamentale, sa division en grades (système décimal) plutôt qu'en dégrés (système sexagésimal). Soixante-Dix, avec trait d'opposition.

Et le mile terrestre, celui à l'accent britannique du Soixante-Neuf de Jane, la fan des Sixties?  Le mile terrestre n'est pas lié à la terre mais à l'homme: mille pas d'homme à l'époque romaine. Oups, un peu plus à quatre pattes, pour rester inclusif. Et en pas de danse? Moins vite. Une valse a mis le temps, chantait-il. Et Paris qui bat la mesure.

Quid des 8 Km en plus de Google finalement? La Terre a-t-elle grandi depuis ces années folles? L'étalon a-t-il maigri? Que n'hennit, le facteur humain, comme d'habitude. 40 000 KM, c'était correct, par conception théorique. Mais pour accoucher du mètre 'en dur', il a bien fallu 'mesurer '(le serpent se mord la queue) quelques grades de méridiens. Arrivé jusqu'à Barcelone, le scientifique chargé de l'affaire comprit, tête en l'air (tel un ...marin, il observa les étoiles), qu'il y avait incertitude sur le résultat de ses triangulations (inévitable incertitude à l'accouchement). Pieds sur terre, il.. n'osa pas le dire, se défila devant la Commune de Paris (au vu peut-être du roulement de têtes en 1793), et assuma la paternité du résultat. Quand, dix ans plus tard, une autre tête comprit l'erreur de 0.2 millimètres, on n'osa pas perdre la mise en minant la confiance dans le nouvel étalon pour un si petit péché de naissance!  Fois mille, fois quarante mille = 8 Km, Google rafle la mise.

Sources: wikipedia.org

Tuesday, 21 November 2017

Cas des colles

Comment fut inventé le Post-it? Trop facile, même pas une colle. Conçue en 1968 comme nouvelle super-glue pour la construction aéronautique, la colle nouvelle formule souffrait de décollage immédiat - un crash commercial assuré. Encore heureux: pour ce cas d'école, mieux valait un  décollage immédiat que différé en plein vol.

Géniale pourtant la colle qui décolle pour recoller! Géniale, mais décollage commercial impossible, aucune application pratique, malgré les trois M: les essais (Montaigne),  les lumières (Montesquieu), et le talent (Mauriac). Mais point d'intelligentsia Bordelaise au Minnesota (le premier des trois M américains): l'intelligence pratique viendra d'un collègue délégué à la chorale locale (forcément me direz-vous, un col-lègue dé-légué). Le collègue choriste en a eu juste marre que son marque-page tombe pendant son chant.  Génial se dit-il, cette colle qui décolle pour recoller! Et l'échec commercial garanti par les experts 3M pendant cinq ans (!) se transforme en succès planétaire: le Post-it s'envole, en avant toute pour le 'Manufacturing' (ça, c'est le troisième des M américains).

Le ratage originel de la colle Post-it colle tellement bien à la genèse de la société. Genèse sans péché originel car le premier homme de 3M ne put jamais tirer fruit des entrailles de sa Mine (deuxième M américain): on n'y trouva(*)  jamais le précieux corindon des pierres à aiguiser: que des cailloux. Démarrage raté donc pour 3M qui grattera des années (au papier de verre) pour enfin décoller à toutes jambes, bien au chaud dans leur premier collant à succès: le ruban Scotch. Ainsi dénommé lit-on parce que les patrons s'étaient montrés avares de colle dans le prototype destiné à l'industrie automobile. Hors contexte on retiendra: Post-it pour les avions, Scotch pour les voitures.

(*) à remplacer par le passé simple d'extraire.
 
La nature n'a pas attendu tous ces M pour coller et décoller en boucle. Pensez à votre pot de miel, ou plutôt à ces fleurs-fruits-boules, les bardanes, qui s'accrochent à vos laines et velours, et que les arsouilles (belgicisme) en balade vous balancent gaiement. Ces bardanes sont géniales pour se décoller et se recoller en boucle,  à peine un scratch; à y regarder de très près, elles sont équipées de petits crochets flexibles qui s'accrochent aux boucles de vos velours. Il aura fallu des siècles (milieu XXème) pour enfin piquer cette idée à Dame Nature et synthétiser un truc à crochets flexibles: le Velcro (Velours, Crochets) qui fait Scratch. Une double apocope pour une onomatopée. Si si, avec du style figurez-vous.

Le pot de miel, ça colle aussi au figuré, le style en moins. Outre l'abeille, Dame Nature nous livre aussi l'araignée, dont le fil fut longtemps utilisé pour les croix et cercles dans le viseur (oui, le truc du générique de James Bond). Pour éviter de chercher la petite bête, on synthétisa du plastoche,  le cyanoacrylate, afin de remplacer le fil d'araignée. Encore raté (pas 3M ce coup-ci, mais Kodak, le champion des révolutions technologiques): le cyanoacrylate était beaucoup beaucoup trop collant, qui s'y frottait s'y collait. Poubelle donc. Dix ans plus tard, le jeune inventeur du cyanoacrylate,  Harry Coover, désormais un peu plus chef Kodak, fait commercialiser son invention: la Super Glue.

Pour les incollables, c'est fini.  Pour les autres, collez-vous dans un coin que la 'sérendipité' est le "fait de faire une découverte par hasard et par sagacité alors que l'on cherchait autre chose". Piconnaissance éphémère, ça tient sur un Post-it.


Reference: www.todayifoundout.com, bordeaux.fr (trois M), wikipedia.org

Friday, 10 November 2017

Chérif à Versailles

"Etre issu d'une famille descendante du prophète via Hassan ou Hussayn, les deux fils de Ali et Fatima, elle-même fille préférée du prophète" - en plus policé à l'Ouest du continent, on dit simplement "Chérif". Au Nord-Ouest plus précisément. Et pas dans le Montana.
 
Et pourtant, il gueulait à l'oreille des chevaux, Moulay Ismaïl, un impérial chef Chérif, contemporain du Roi Soleil, un règne au soleil tout aussi long (plus de 50 ans). Au XVIIème, à la même époque que le Don espagnol incarné par Louis Ier le comique et son chapeau à pompons verts dans le film de Gérard Oury, Moulay Ismaïl fut atteint de la même folie des grandeurs que son contemporain, Louis le XIVème. Certes, Versailles en château royal est inégalé en splendeur, mais Moulay Ismaïl s'offrit tout de même une cité impériale (avec moins de fenêtres côté rue), à Meknes, sa nouvelle capitale tout aussi impériale.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/1/1c/Moulay_Ismail.jpgDe nos jours, la cité impériale à Meknes reste interdite au peuple, à l'inverse de la cité interdite située au coeur d'une (autre) cité impériale, beaucoup plus à l'Est d'un (autre) continent. C'est pas chinois à comprendre - un petit chien à poils longs vous l'expliquerait.

Moulay Ismaïl régnait sur l'empire Chérifien, une empreinte géographique qui correspond à peu près au Maroc d'aujourd'hui, au Nord-Ouest du continent. Le Maroc tire sa racine étymologique de Marrakech, la capitale avant Meknes.  Quitte à changer de chef-lieu, le Chérif mit à sac Marrakech. Soyons de bon compte: à la deuxième révolte seulement.  Moulay Ismaïl était resté gentil à la première guerre entre Chérifs, et Marrakech n'avait pas dû bien comprendre qui était le Chérif en chef.

Le pays connut quatre capitales (les quatres villes impériales du Maroc), puisque Fez remplaca Meknes après la mort du Chef. Ah.. vous savez compter. Et la quatrième ville impériale du Maroc?  Disons simplement que, visionnaire en capitale, Moulay Ismaïl était aussi rabat-joie.

Son triste score est d'avoir trucidé lui-même 20 à 30 mille personnes (les sources varient un peu) - disons deux par jour en moyenne. Le matin, le soir? Sur ces sujets (démonstratif), la Biographie Universelle de 1821 est, commment-dire, décapante: "L'un de ses divertissements ordinaires était de tirer son sabre en montant à cheval, et de couper la tête à l'esclave qui lui tenait l'étrier". Ou encore, sur la gestion de ses sujets (possessif): "Quand je tiens un panier plein de rats, je l'agite continuellement, sans quoi ils le rongeraient pour en sortir". Un autre score: "un harem de huit mille, 900 enfants mâles et 300 filles" (d'autres sources confirment le dépassement du millier). Et à jeun au harem avec ça: "Sa frugalité était extrême et il ne buvait que de l'eau". Peu riche en plantes: le thé au harem reste à démontrer. 

Pauvre l'eau là. S'étendre sans se répandre, c'est délicat. Prolixe sans plume à gratter (du latin prolixus: qui se répand abondamment), et moins délicat que Louis à Versailles (ses bâtards à lui ne se comptent qu'à deux chiffres), Moulay Ismaïl savait tout autant étendre ses grandeurs: une prison à milliers de Kara (les rançons Salées des capturés en mer par ses Rabateurs contribuaient au P.I.B.), une écurie pour douze mille chevaux, et 40 kilomètres de murailles à Meknes (vu in situ, ce ne sont pas des murets).

Grandeur ne gâche pas le charme: au temps du protectorat Français (la différence avec une colonie, c'est la présence officielle d'un pantin à la solde du protecteur), la ville du Chérif répondait au charmant surnom de "Versailles du Maroc".

SOURCES:  Biographie Universelle de 1821 Tome 30, Wikipedia.org, Serge Gainsbourg.



Wednesday, 18 October 2017

Un rêve américain

King Peter pour les Américains, Zolu Duma pour les siens, régnait sur la côte des grains en Afrique de l'Ouest, du nom de son poivre raffiné (la graine de paradis). Cette côte côtoyait d'autres côtes aux ressources plus ou moins bien cotées aujourd'hui: celle d'ivoire (excellente cote, preuve le nom du pays), la côte-de-l'or (où le cacao est bien coté aussi, preuve l'éléphant doré ghanéen-belgo-suisse-américain), et la côte des esclaves (la ressource humaine a mauvaise cote de nos jours, Bénine soit elle).

C'est par un commerce habile en ivoire et en esclaves (émigration bien cotée de son jour) que Zolu Duma atteint le haut de l'échelle au paradis local, territoire dont le nom actuel est libéré du poivre mais pimenté d'un colonialisme libérateur. Habile aussi, un Américain de 1821 pose un canon sur la tempe de Zolu pour qu'il optempère et vende de bons lopins, afin d'y recaser des esclaves libres; l'Histoire ne parle pas de recaser l'ivoire. En 1825, Zolu Duma optempére encore et lâche des terres contre  3 barrils de rhum, 5 tonneaux de poudre, 5 parapluies et autres babioles - puisque ce troc avait fonctionné avec les Amérindiens, autant répéter le truc avec les Afroafricains.

Ainsi naquit le Libéria, de colonies fondées au paradis d'Afrique, par l'American Colonization Society, dont la raison sociale etait de re-localiser 'chez eux' les (quelques) esclaves libres d'Amérique (encore 40 ans à se cotonner pour les autres).  Aux raisons louables, s'ajoutait une rengaine économique, plus socialement orientée: tous ces allochtones libres, fils et petit-fils de migrants involontaires, n'allaient-ils pas bouffer l'emploi des 'autochtones' d'Amérique, ces fils et petit-fils de migrants volontaires?

Treize mille Afroaméricains libres traversèrent d'Est-Amérique en Ouest-Afrique pour s'établir au Libéria, passant d'une minorité à une autre (disons Amérafricains?). Imposant leur culture occidentalisée amérafricaine,  supérieure dans leur libre-arbitre à l'afroafricaine indigène, ces Treize et leurs petit-fils ne mélangeront pas leur sang, ou si peu, avec les 95% d'autochones. Craintes d'aujourd'hui, fait de l'Histoire d'alors: prise du pouvoir par les migrants minoritaires, soutenus par une puissance étrangère. Les 5% d'Amérafricains ne libèreront pas ce pouvoir, conservé plus de cent ans, jusqu'au coup militaire d’un sergent-chef Afroafricain - formé bien entendu par les bérets verts américains, l'Histoire a de ces boucles..

Le sergent-chef-président Libérien tiendra jusqu'à la guerre civile du tristement célèbre Charles Taylor. En double négation positive, Taylor est pourtant un contre-exemple de la non-intégration entre hommes libres: Charles naît de mère Gola, l'ethnie afroafricaine de Zolu Duma, et de père Amérafricain - pas de père Gola chez lui, il a un goût pour la lumière.

Doublement libre de naissance, diplomé d'université américaine (tiens, encore),  maître-achats du sergent-chef, cet intégré par le sang détourne 1M$, puis la case prison (à Boston), une évasion aux draps noués (Crédibilité Impossible Absolument), un stage chez Khadafi pour compléter sa formation, une poussette militaire qui fait tomber le sergent-chef, élection reconnue (ONU et tout le bataclan), une guerre bien dégueulasse chez le voisin, l'Oncle Sam (tiens, encore) qui le pousse hors Libéria, il cesse d'être un homme libre.

Malgré son patronyme de manuel scolaire, Taylor compte aujourd'hui ses sous de riche en prison, pénurie de draps noués.  Les juges de La Haye lui ont taillé un costume: onze crimes reconnus. Dont l'esclavage, l'Histoire boucle et reboucle.

Références: Historical dictionnary of Liberia edition 2001, wikipedia.org

Sunday, 8 October 2017

Valeria

Comment désorbaniser Buda-Pest pour remonter à son origine fondatrice, le 'chez nous' local tant vanté du nationaliste? Pas besoin de populisme pour cela, un petit-grand voyage espace-temps suffit. Le petit espace d'abord, avec le Danube pour trait d'union: on se débarrasse du fléau tout plat à droite, pour ne garder que la divinité en relief à gauche. Le contraste relief-plat est très visible depuis le pont sur le grand fleuve, avec le centre historique sur la colline Buda à gauche, et les platitudes plus populistes de droite. Puis, Pest éradiqué, et comme il en faut pour tous les goûts, on dédaigne ce Buda encore trop jeune, pour se tartiner du Buda vieux par le HEV ligne 5, destination Obuda (Old Buda); le HEV est l'équivalent magyar du RER.

Grand temps de quitter ce petit voyage dans l'espace pour un grand dans le temps, une remontée jusqu'à la fin de l'Anquité (la chute de l'empire Romain, sous les coups de boutoir des Huns et des autres). Et hop, cette remontée fulgurante dans le temps nous transforme Obuda en son original antique: Aquincum, capitale de la Valeria. La Valeria était une province romaine de Pannonie, une région qui s'étendait gross-modo entre le Budapest et le Zagreb d'aujourd'hui.  Même pas besoin d'antique machine à remonter le temps, Aquincum est accessible en RER ligne 5, transport moderne de l'espace-temps; en ruines certes (Aquincum, pas le métro), mais tout est relatif dans l'espace-temps.

Géologiquement issue de la mer de Pannonie, disparue il y a quelques millions d'années (piconnaissance utile pour discuter avec les Huns à Buda, moins avec les autres à Bruxelles), très peu est connu sur la Pannonie, jusqu'à sa conquête par Octave, futur empereur. Oui, Octave, le petit fils de Jules, l'auguste restaurateur (romain, pas encore bruxellois) de la monarchie (romaine aussi), celui qui pour devenir Auguste élimina ses compagnons du second triumvirat (un régime triarchique) - un deuxième "Tu quoque fili mi" posthume pour César,  vainqueur lui du premier triumvirat. Mais je ne vais pas vous Pomper sur César.

Trois siècles passent jusqu'à ce que Dioclétien, un lointain successeur monarchique du petit fils de Jules, passe d'un régime amincissant à un régime grossissant, en nommant d'abord un co-empereur, et puis deux Césars dans la foulée, pour former la tétrarchie romaine. Régimes mono, trio, et tetra - manque le duo de têtes:  la diarchie, patience. Pour les impatients, c'est comme Macron à Andorre.

Dioclétien, un Dalmatien de famille modeste, abdiqua volontairement (le premier à Rome, avant Benoît XVI). Avant de prendre pension complète dans son palais (devenu depuis la ville de Split, toujours une villégiature de nos jours), ce Dalmatien  - qui, si on compte bien, était sans Huns - divisa la Pannonie en quatre provinces.  Parmi elles, la Valeria, qui englobe Aquincum/Obuda, province nommée (et non point baptisée) en l'honneur de la fille de Dioclétien: Galeria Valeria.

Mariée de raison avec son Jules, le César Galère de la tétrarchie paternelle, Galeria Valeria n'eut pas une vie artistique, trop mal encadrée peut-être. Valeureuse de naissance mais condamnée par l'inévitable guerre civile entre quatre têtes, elle rama beaucoup et finit corps sans bien en mer (allusion anachronique de mille ans aux condamnations à 20 ans de rythmes enchaînés rames-tambour). Mais pas d'anxiété etymologique pour toutes les valeureuses Valérie du monde: la province de Valeria a donné son nom à la valériane, alternative naturelle aux somnifières et autres anxiolyques chimiques. Une belle fleur.

Peu enclins aux somnifères (ils conduisaient avec beaucoup de chevaux, souvent et loin), les Huns finirent par prendre la place des autres en Valeria, avec leurs flèches et un régime politique original: une diarchie récurrente. Attila co-roi des Huns soignera cette diarchie récurrente qui l'accable en trucidant son collègue pour une plus auguste monarchie. Et c'est à Aquincum en province de Valeria, au vieux Buda, qu'Attila, ce migrant combatif infatigable, installa son quartier général. Budapest, comme aujourd'hui, pays des uns et des autres.

Tuesday, 3 October 2017

Peaux de chagrin

Bleues, blanches, rouges, fleurs domestiques par excellence, ces belles anémones enjolivent vos balcons de leurs masculins pétales. Fleurs du vent ('anemos' en grec), on en trouve des violettes, des blondes aussi, mais si vous préférez les brunes, nul besoin de grimper à la Roméo, plongez plutôt. Et attention à la pêche, car bien que féminines aussi, celles de mer ne sont décoratives que de loin, moins domestiques, aux tentacules tout aussi masculins, mais plutôt urticants si on y regarde de près.
 
Point besoin pourtant de se mouiller pour en trouver de brunes indomptables,  il suffit de voyager très au sec dans le Gobi mongolien, y découvrir des cousins phonétiques, les ânes hémiones, aux femelles tout aussi brunes et indomptables que leur masculin. Ni pétale, ni tentacule, mais de grandes oreilles, l'hémione, aussi appelé onagre ou âne sauvage d'Asie, ne donne de l'urticaire qu'à ceux qui tentent de le dompter. Mi-âne (le préfixe hémi en grec, comme dans hémistiche), mi-cheval aussi, son nom mongol est explicite: 'kulan': vif, nerveux. Et ce n'est pas un hasard si le tambour du chamane s'appelle aussi 'kulan'.

Indomptables: ni le mâle ni la femelle ne se laissent chevaucher (comme ce ne sont pas forcément les mêmes cavaliers, il faut laisser laisser au pluriel). Indompté, sans cavalier, le kulan n'a pas attendu l'ère numérique pour le transport virtuel, la transe.  En effet, c'est par son chant que le chamane iakoute transforme son tambour en cheval puissant, moyen de transport efficace pour parcourir les étendues qui séparent le chamane des esprits mauvais. Avec hémione comme totem scout, l'avenir paraît peu domestique, et en plus on ferait vite de mauvaises rencontres.

Brunes: quant à la couleur, c'est d'une imprécision peu digne de l'hippologie. Isabelle, telle est l'hémione, la couleur de sa robe, selon les annales du musée d'histoire naturelle (1835, Paris). Pour les hipponologues comme moi, une robe Isabelle est une robe baie, diluée par un unique gène crème; rien à faire, ce besoin de crème sur la peau est génétique. Mais ne réduisons pas le discours sur l'hémione à sa peau. Quoique.. cest bel et bien de l'onagre que Balzac tira sa célèbre peau de chagrin, pacte avec le Diable, conflit entre désir et longétivité, cette peau qui se rétrécit à chaque souhait exaucé. Cisélée au bistouri, cette oeuvre est régulièrement tirée, le classique ne prend pas une ride.

Extrait de l'oeuvre en l'honneur d'Honoré: "un onagre, monsieur, tuerait à la course les meilleurs chevaux arabes ou persans".  Balzac, La peau de chagrin, 1831, p.232, citation piquée chez 'blogamots'. Tueur à la course (septante à l'heure), rapide comme une fleur à pétales (cf. anemos), le roi zoologique de l'Orient ne se laisse ni rattraper ni surprendre;  sa société s'organise en sentinelles qui scrutent pendant que le roi brait et que son harem broute.  Rapide, organisé, et dégourdi aussi: l'onagre fait son trou, pour accéder à l'eau souterraine du Gobi, trous réutilisés par le bonhomme assoiffé. Demi-chameau aussi, l'onagre se passe de boire pendant plusieurs jours - performance inatteignable par le mâle homme assoiffé. Morale: seul le bon homme sait tirer profit d'une ânerie.

Balzac page 232 suite: " Nos ânes dégénérés ne sauraient donner une idée de cet âne indépendant et fier. Il a le port leste, animé, l’air spirituel, fin, une physionomie gracieuse, des mouvements pleins de coquetterie! C’est le roi zoologique de l’Orient"  (annoncé en exclusivité ci-dessus). Un roi, le port leste, grâce et coquetterie, ça ne vous fait pas penser au cri de la jarretière "Henni soit qui mal y pense"? Ânerie: l'hémione brait.

Références: blogamots.wordpress.com, wikipedia.org, totems-scouts.be, emscat.revues.org/1606

Trois c'est trop

Si Ricard est la crème de la pastisserie amère, ce n'est pas grâce à feu Charles Pasqua, la "Mère Teresa du RPR" (dixit de son...